La visite d’Hermès

Au départ, nous allâmes, puisque jamais je n’étais seul bien que mes camarades alternassent régulièrement, assister à un film dans un grand et somptueux palais. Pour parvenir à la représentation, nous dûmes prendre un métro, sous terre, avec des sièges confortables et des lunettes nous permettant de mieux voir les effets spéciaux. 

Arrivés à destination, nous entrâmes dans le film. Nous étions littéralement les acteurs de la représentation. C’était assez plaisant d’ailleurs! Cela semblait être une série de jeux d’action, voire de guerre, sans souffrance mais très violents et, surtout, très sombres.

La première scène se nommait Sinn’s slide. L’activité consistait à glisser en traîneau sur des pentes, parfois descendantes, parfois ascendantes, tournant à gauche, à droite, vers le haut, vers le bas ; toute une série de pistes nommées : haine, rancœur, jalousie, orgueil, etc. La particularité de ce jeu était qu’il n’y avait aucun but, aucune fin, aucun objectif, bref, aucun moyen de terminer la glissade, les pistes s’enchaînant les unes les autres et se croisant entre elles.

Bien que je ne fusse pas particulièrement pressé d’arrêter la glissade, l’activité étant plutôt plaisante, je fus projeté dans une autre scène. Celle-ci consistait à une série d’affrontements entre deux équipes, où l’on pouvait prendre des armes et blesser autrui, mais sans que cela fût douloureux ni même agressif. Je cherchais surtout à faire des « points ». D’ailleurs, à la fin, un arbitre vint nous parler de son jeu et je me permis une remarque en lui disant que son activité était sans intérêt si l’on ne comptabilisait pas les points, c’est-à-dire le nombre de fois que nous avions touché l’ennemi versus le nombre de fois où nous avions nous-mêmes été touchés. Il me répondit que je n’avais rien compris, car l’important était la suite. Alors, un Titan arriva, dont je ne voyais qu’un pied, et nous nous mîmes à attaquer son pied avec nos épées.

Puis, on nous dirigea vers le sous-sol. Le passage était froid, métallique, sombre et mes pas résonnaient avec de grands échos secs. J’étais très excité, car je m’attendais à un jeu encore plus excitant!

En arrivant en bas, je vis un grand cercle avec des sièges sur lesquels les gens étaient assis. Au centre, il y avait une grande masse informe qui brûlait et rapetissait progressivement. Cette matière était argentée et reflétait une luminosité semblable à celle d’écailles de poisson. Sur le coup, je ne désirai point m’y joindre, car j’avais encore envie de jouer à la guerre et j’étais plutôt déçu. D’ailleurs, il n’y avait pas de place. Puis, alors que le cercle se concentrait (contre les lois de la physique), une place se rendit disponible et quelqu’un me fit un beau siège. Je décidai donc de m’asseoir. 

Profitant de ce feu et je fus soudainement pris d’un vif sentiment d’allégresse. C’est alors que je vis qu’au-dessus du brasier qu’il y avait un grand bloc noir de forme rectangulaire. Le monolithe n’avait pas de sommet, du moins, la cime était cachée par le toit de la salle, mais nous pouvions apercevoir le bas du rectangle qui dépassait d’un pied ou deux. C’est alors qu’une voix me parla ainsi : 

« Je suis Hermès. Je suis venu sous la recommandation d’Héra, elle vous offre ce présent pour le printemps. Le feu qui consume la matière est Aphrodite, vous avez 13 minutes pour vous réchauffer. »

Je pus, pendant ces quelques minutes, lui poser des questions et il me répondait. Je lui demandai pourquoi on ne pouvait pas le voir au complet. Il me répondit que nous étions trop occupés à regarder les choses d’en bas pour le voir, mais, qu’exceptionnellement, il venait nous visiter. Il semblait d’ailleurs trouver très étrange que nous ne nous intéressions pas au reste de la forme. Je lui demandai s’il était comme nous. Il me dit que non, qu’il ne se risquerait jamais, comme nous, à toucher le sol. Je lui demandai si toutes les âmes étaient semblables. Il me répondit de manière nébuleuse, disant à peu près : « Les grandes âmes suivent parfois les petites, les petites s’éloignent, mais tous finissent par s’y joindre. »

Par la suite, percevant mon impatience, il me donna un livre. Un très beau livre, plein de symboles et de couleurs. La couverture était d’un rouge royal. Je l’ouvris, fort ému, mais je n’arrivais pas à lire le contenu. Je demandai de l’aide à Hermès. Il me lut quelques passages, mais c’était dans une langue incompréhensible. Je demandai alors quelques précisions. Il me dit que la langue que je connaissais n’avait aucun sens, que je n’arriverais jamais à comprendre quoi que ce soit avec elle. Finalement, il me dit : « Commence par réaliser une chose : il n’y a qu’un seul mot ayant du sens dans ton langage, Initiation. »

C’est alors que je me réveillai. En fait, je remarquai que j’étais dans mon lit et que je ne dormais pas. Ou encore, que je dormais toujours…

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